mardi 15 septembre 2015

Editorial de Lutte Ouvrière du 14 septembre

RECONSTRUIRE UN PARTI DE CLASSE 

Quoi qu’en disent ceux qui veulent ravaler la fête de l’Humanité au rang de simple festival de musique, elle reste, comme on l’a vu ce week-end, le plus grand rassemblement populaire et militant du pays. Cette fête ne pourrait en effet pas se tenir sans le dévouement bénévole de milliers de militants et de sympathisants du Parti communiste. Et elle reste un rendez-vous important pour ceux des travailleurs qui veulent discuter de la situation politique et aspirent à changer le monde. 
Mais si l’on s’en tient aux discours des dirigeants du PCF, changer le monde restera un rêve car il n’y a plus rien dans leur politique qui permette de comprendre la société capitaliste, sa division en classes sociales et la lutte fondamentale que les travailleurs ont à mener pour le pouvoir politique. C’est aussi en vain que les travailleurs chercheront auprès du PCF une politique représentant leurs intérêts immédiats. Ce n’est d’ailleurs plus le cas depuis longtemps. 

Comme son nom le rappelle, le Parti communiste est né dans la foulée de la révolution russe pour reprendre à son compte la perspective du renversement de la bourgeoisie et de son ordre social. Mais le stalinisme est passé par là et le PCF, devenu stalinien pour toute une période, a dévoyé les idées révolutionnaires et véhiculé contre toute la tradition communiste les idées nationalistes et les illusions électoralistes dans la classe ouvrière.   
Pendant la Résistance, le PCF a usé du crédit qu’il avait dans les classes populaires pour soutenir le général réactionnaire De Gaulle. Puis, à la Libération, il a mis tous ses efforts pour restaurer l’État bourgeois et remettre en selle le grand patronat français. S’il était question de libération, ce n’était pas pour le monde du travail ! Le PCF en fut récompensé par quelques postes de ministre, mais dès qu’il n’y eut plus de danger révolutionnaire du côté des travailleurs, il fut renvoyé dans l’opposition. 
Le fait d’être resté des décennies dans l’opposition, ses liens avec la classe ouvrière et ses luttes ont permis au PCF de conserver un vernis « lutte de classe ». Mais, aujourd’hui, l’électoralisme est devenu la raison d’être de l’activité militante du PCF. Comme ça l’est pour n’importe quel parti de la bourgeoisie, son horizon se borne aux échéances électorales, quand bien même il est de plus en plus évident aux yeux des classes populaires que les élections ne changent pas leur vie. 
Toute la vie politique montre que les institutions et la démocratie bourgeoises ne sont que des paravents qui masquent le pouvoir du capital. Que les élections et le jeu de l’alternance ne sont qu’un grand cirque destiné à lanterner les travailleurs. Et tout ce que le PCF a à proposer à ses militants se limite à participer à ce cirque ! 
Pour cela il est prêt, comme il l’a fait dans le passé, à s’acoquiner avec des politiciens étrangers à la classe ouvrière. En ce moment, le PCF défend l’idée d’un rassemblement de la gauche anti-austérité en s’adressant à Mélenchon, aux frondeurs du PS, aux écologistes et à Montebourg. Mais quand bien même ils parviendraient à s’unir, ce qui est encore loin d’être le cas, où cela nous mènerait-il ? 
À ce qui s’est passé en Grèce avec Syriza ? À ce que cette nouvelle équipe fasse mine de découvrir, une fois au pouvoir, que ce sont les banquiers et la grande bourgeoisie qui décident parce qu’ils détiennent la réalité du pouvoir ? À ce qu’ils se retrouvent, comme Tsipras, forcés de renier leurs promesses électorales en démoralisant une fois de plus ceux qui leur avaient fait confiance ? 
Ce n’est pas d’illusions dont les travailleurs ont besoin, mais de la conscience de leurs intérêts de classe. Pour cela, ils ont besoin d’un parti et de militants qui se placent sur le terrain de classe, comme les militants du Parti communiste l’avaient fait lors de sa fondation.  
Un parti ouvrier et des militants qui ne se laissent pas prendre au piège de faux débats sur l’euro ou la souveraineté nationale quand le problème fondamental est le pouvoir d’une poignée de capitalistes sur la société. Un parti et des militants qui expliquent que le fonctionnement normal du capital est d’être impitoyable et qu’il n’y aura pas d’arrangement ni de négociation possible avec la bourgeoisie. Un parti et des militants qui affirmeront inlassablement que seule la force de la classe ouvrière mobilisée peut faire reculer la bourgeoisie.
Pour mettre fin au désarroi politique qui fait le lit du FN dans les classes populaires, il faut reconstruire un parti qui représente les intérêts des travailleurs et réaffirme la perspective historique dont ils sont porteurs : celle d’une société débarrassée de la propriété privée des entreprises et de l’exploitation de l’homme par l’homme.

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