lundi 6 avril 2015

Editorial de Lutte Ouvrière du 6 avril 2015

Faire du 9 avril un succès et aussi le début d’une prise de conscience

La CGT, FO, la FSU et Solidaires appellent, ce jeudi 9 avril, à faire grève et à manifester. Il faut que les travailleurs révoltés par les licenciements, la montée du chômage, la précarisation des emplois, le recul incessant de leur pouvoir d’achat, se saisissent de cette occasion pour s’exprimer.
Il faut qu’ils saisissent cette occasion aussi pour exprimer leur écœurement envers ce gouvernement qui se dit socialiste mais qui mène la politique voulue par le grand patronat et les banquiers, avec autant de servilité que l’a fait la droite sous Sarkozy, l’hypocrisie en plus.
Dans sa volonté de réserver une part croissante de son budget aux grandes entreprises capitalistes et aux financiers, le gouvernement marche sur les pieds de bien des catégories sociales. Nombre d’entre elles, des notaires aux médecins, des huissiers aux buralistes, sont descendues dans la rue pour protester. Les seuls qu’on n’a pas réellement entendus, ce sont les travailleurs, les chômeurs, qui subissent, dans toute leur férocité, l’avidité patronale et la crapulerie gouvernementale.
Le monde du travail que l’on pousse vers la pauvreté a pourtant infiniment plus de raisons que toute autre catégorie de rejeter la politique menée. Il a surtout la force de faire trembler ceux qui l’exploitent et l’oppriment. Ceux qui n’ont ni capitaux ni rentes et qui ne peuvent vivre que de la vente de leur force de travail font marcher l’économie. En réagissant collectivement, ils ont le pouvoir de la bloquer et, par là même, d’arrêter la pompe à profits qui saigne ceux qui n’ont rien pour enrichir les actionnaires et les banquiers.
Il faut cesser de nous taire. La politique d’austérité, la démolition du peu qui dans la législation protégeait les travailleurs, les économies sur les services publics, tout cela contribue au recul des conditions d’existence des classes populaires.
Cela ne s’arrêtera pas tout seul. Face à la crise de son économie, la classe capitaliste ne peut sauvegarder les profits de ses entreprises, les dividendes de ses actionnaires et l’accroissement de la fortune des grandes familles bourgeoises, de Bettencourt à Dassault, de Mulliez à Arnault, de Peugeot à Bolloré et les autres, qu’en écrasant toujours plus les salaires et en faisant pression sur les travailleurs pour les rendre toujours plus corvéables.
Les anciens se souviennent que, même dans des périodes où l’économie était en croissance, où les affaires de la bourgeoisie allaient bien, les travailleurs n’ont jamais pu faire l’économie des grèves et des luttes. Avec la crise, renouer avec les luttes devient une question de survie.
Bien sûr, une seule journée de manifestations, ce n’est pas la lutte qui serait nécessaire. La situation exige des luttes amples, déterminées, allant en s’élargissant au point de faire peur au patronat, au point de menacer ce qu’ils appellent « l’ordre social » mais qui n’est que du désordre qui pèse sur les exploités. En sachant que les travailleurs n’ont jamais d’amis au sommet de l’État mais seulement des ennemis entièrement dévoués au grand capital.
Un succès le 9 avril contribuerait à redonner courage à ceux qui sont aujourd’hui découragés, avec le sentiment, justifié, d’avoir été trompés, trahis par une gauche arrivée pourtant au pouvoir grâce à leurs bulletins de vote.
Le simple fait d’avoir à manifester contre un gouvernement socialiste qui a bénéficié si longtemps de la complaisance des directions syndicales devrait faire réfléchir tous les militants ouvriers. Il est aujourd’hui manifeste que le PS au gouvernement est un ennemi du monde du travail. Voilà sur quelle réalité surfe le revenant Sarkozy pour se poser en recours. Voilà ce qui permet au FN, suppôt du grand capital comme les autres mais plus réactionnaire et plus menaçant encore pour le mouvement ouvrier, d’avoir l’impudence de se poser en porte-parole des plus pauvres.
Disons-nous bien que même ceux qui à la gauche du PS prétendent s’opposer à la politique d’austérité mais sans s’opposer à la dictature du grand patronat sur l’économie, sans mettre en cause le capitalisme, s’ils arrivaient à la tête de l’État, trahiraient inévitablement les exploités.
Alors, il faut être nombreux aux manifestations du 9 avril. Et au-delà, il faut que ceux qui se considèrent dans le camp des travailleurs face à celui de la grande bourgeoisie se posent la question de recréer une force qui représente les intérêts de la classe ouvrière sur le terrain politique. Cela signifie qu’elle se donne pour objectif ultime l’expropriation de la classe capitaliste par la lutte collective des exploités.

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