mardi 9 décembre 2014

Editorial de Lutte Ouvrière du 8 décembre

VALLS AU GARDE-À-VOUS DEVANT LE PATRONAT

Valls, interrogé sur France 2, a dit qu'il n'était pas un déserteur et qu'il occuperait son poste de Premier ministre jusqu’au bout. Mais qu'il reste à la barre ou que, pour réaliser ses ambitions il l'abandonne, cela ne changera pas d’un iota le sort des classes populaires. Par contre, il a confirmé qu’il restait toujours le petit soldat dévoué jusqu’à la corde à la défense des intérêts de l'entreprise ou, pour mieux dire, au service des intérêts du patronat et des riches.
Il a redit avec insistance à l'attention du patronat, qui fait semblant de se montrer inquiet, que le pacte dit de responsabilité tenait toujours et que les milliards promis arriveraient comme prévu dans les coffres des patrons. Ce qui n'a pas  empêché le Medef, jamais content, de réagir sur le champ, disant que cela n'allait pas assez vite et que ce n'était pas assez. 

Mais comme il fallait au Premier ministre faire semblant de maintenir la balance égale, il nous a fait, une nouvelle fois, le numéro de gagnant-gagnant. Il a essayé de nous convaincre que la relance, dopée par les généreuses subventions accordées aux entreprises et surtout à leurs actionnaires, allait permettre de résorber le chômage. Mais qui peut encore être assez naïf pour se laisser prendre à une telle fable ?
Il explique, par exemple, que l'accord qui, paraît-il, vient d'être signé dans les Assurances permettrait la création de 20 000 emplois. En admettant même que cela se réalise, ce qui est plus que douteux, au final combien y aura-t-il de ces emplois qui remplaceront des postes actuellement occupés par des intérimaires ou des précaires ? 
C'est ce même tour de passe-passe qui avait permis à Hollande de prétendre qu'à Florange, dans les aciéries, l'emploi avait été conservé, alors qu'on avait jeté à la rue des centaines de travailleurs précaires.
Il en va de même en ce qui concerne le travail du dimanche, qui va être au cœur du projet de loi Macron qui va être discuté au prochain conseil des ministres. On nous dit, là encore, que ce projet vise au bien de tous, à la fois celui des patrons, des salariés et des clients, riches touristes chinois ou ménages français, qui n'auraient pas d'autre choix que de faire leurs achats le dimanche. 
Bobards là encore, démentis par les chiffres. Même si cela favorise le commerce -et cela se discute-, ce sera surtout celui des grandes surfaces, au détriment des petits commerçants. Le bilan pour l'emploi risque fort d'être nul, et probablement négatif. Quant aux commodités que cela procurerait aux acheteurs, cela reste douteux surtout lorsque la masse des acheteurs potentiels dispose d'un pouvoir d'achat qui va en s’amenuisant.
Plus grave, cela va se traduire par une régression des droits des salariés. Au train où vont les choses, le libre choix laissé aux salariés de ne pas travailler le dimanche risque de se traduire par l’obligation. La liberté de choix n’est en fait qu’un mot creux quand des millions de travailleurs ne trouvent pas de travail.
On nous serine que ce ne serait pas grand-chose, douze dimanches au lieu de cinq, qu’il faut savoir se montrer solidaire, voire faire des sacrifices dans cette période difficile. Cette chanson, on nous la chante depuis des années. Mais le résultat de cet incessant grignotage réalisé au détriment des classes populaires, on peut en mesurer les effets aujourd’hui.
D’un côté, la détérioration des conditions d’existence des classes populaires, dont une partie grandissante est déjà tombée dans la gêne et parfois dans la misère, tandis qu’une petite minorité de profiteurs fait étalage d’un enrichissement toujours plus provocant. Ces derniers ont toutes les raisons de dire merci à Valls et aux siens.
Le monde du travail et les classes populaires ont, eux, par contre, toutes les raisons de perdre patience et de dire haut et fort leurs quatre vérités à ces profiteurs et à leurs serviteurs politiques. 
Sans rien attendre d’un Valls ou d’on ne sait qui, qui lui succèdera à la tête du gouvernement. 
Sans attendre non plus quoi que ce soit d’une future échéance électorale prévue pour dans deux ans, mais pour laquelle les candidats, nombreux, sont déjà en piste.
Oui, il faut que le monde du travail se donne le moyen de faire entendre ses exigences, sur le terrain où il est une force, sur le terrain de classe.

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