mercredi 29 octobre 2014

Editorial de Lutte Ouvrière du 27 octobre 2014

PDG de Total : un commis de la bourgeoisie encensé par ses semblables

Avec la présence de Hollande et de Valls, les obsèques de Margerie ont pris l’allure d’un hommage national. Les élus de gauche comme de droite y ont participé en nombre aux côtés du gratin de la bourgeoisie française, de la présidente du FMI, Christine Lagarde, et de l’Émir du Qatar.
Pourquoi tant d’honneurs ? Total symbolise à lui seul tous les méfaits du capitalisme. Malgré ses profits colossaux et les 5 milliards de dividendes annuels versés aux actionnaires, Total a fermé des raffineries, supprimé des emplois et ajouté des chômeurs aux millions qui existent déjà en France.
Malgré ses 10 milliards de profits, Margerie a fait en sorte que Total ne paie pas un centime d’impôt sur les sociétés pour 2013, comme pour 2012. Et si le groupe parvient encore à présenter des comptes en déficit l’année prochaine, le fisc a prévu de lui faire un chèque de 80 millions au titre du crédit d’impôt compétitivité et du crédit recherche.
Aux yeux d’un bourgeois, cela en fait assurément un « grand homme ». Mais sûrement pas pour le commun des mortels !

Pour Valls et Hollande, Margerie était non seulement un « grand homme », mais il était l’un des leurs. Un « ami », ont dit les « socialistes » Valls et Macron. Ce petit monde forme une même communauté de valeurs, d’idées et de relations. Quand les uns servent le grand capital comme ministre ou chef d’État, les autres le servent à la tête des grandes entreprises.
Quand ils ne sont pas issus des mêmes familles, du même milieu social et des mêmes écoles, les hommes politiques ou les hauts-fonctionnaires ont mille occasions de côtoyer, de collaborer et d’apprécier les dirigeants des multinationales.
Le groupe Total lui-même est le rejeton partagé de ces deux types de serviteurs car, comme Macron l’a rappelé, « Total, c’est le mariage de la vision d’un homme, de son courage… et de l’État, parce qu’il ne faut jamais oublier qu’à l’origine, Total, c’est Elf et l’engagement de l’État français ». Comme s’il avait de quoi en être fier !
Elf, l’entreprise d’État dont est issu Total, est le symbole de la « Françafrique ». Elf a fait fortune en pillant le pétrole du Gabon, en corrompant les dictateurs en place et en télécommandant à l’occasion des guerres civiles.
Aujourd’hui, Total utilise les mêmes méthodes pour continuer à extorquer l’or noir du Congo, du Nigeria ou de l’Angola. En Birmanie, Total a coopéré avec la junte dictatoriale jusqu’en 2011, ce qui lui a permis de construire un gazoduc en utilisant le travail forcé organisé par les militaires.
En France, la population a payé son tribut avec la marée noire de l’Érika en 1999 et l’explosion de l’usine AZF de Toulouse, une filiale de Total, qui fit 32 morts en 2001.
Les dirigeants passés et présents de l’État français taisent ces crimes parce qu’ils les assument, tout comme Margerie les assumait. Comme lui, ils mettent les victimes de Total au compte « pertes et profits ».
Le PDG de Total avait la puissance d’un chef d’État. Intégrant plus de 700 sociétés dans 130 pays, cette multinationale du pétrole et du gaz œuvre aussi dans la chimie, le charbon et l’électricité. Total détient des participations dans le groupe pharmaceutique Sanofi Aventis, il se développe désormais dans le solaire, la biomasse et le nucléaire.
De par son chiffre d’affaires proche de 180 milliards, Total génère plus de richesses que nombre de pays. S’il était un État, il serait placé au 50ème rang des plus puissants de la planète.
Le PDG de Total connaissait Poutine et les monarques du Moyen-Orient mieux que Hollande. Les circonstances de son accident nous apprennent au passage qu’il revenait d’une négociation avec Poutine, faisant fi des sanctions que l’Europe et les États-Unis imposent à la Russie. Si Hollande ou Obama occupent la scène de la diplomatie politique, les grands PDG pratiquent leur propre diplomatie, celle du pétrole et du dollar.
Total est un État dans l’État. Un de ces mastodontes qui, comme Mittal, le roi de l’acier, ou LVMH, le roi du luxe, monopolisent des secteurs entiers, disposent de vassaux partout et peuvent tout se payer, y compris des responsables politiques auxquels ils dictent leurs conditions pour mettre le monde entier en coupe réglée.
Mais, comme ceux de l’Ancien Régime, ces rois des temps modernes peuvent être détrônés.
Il faut que la population impose son propre contrôle sur la marche de cette économie dominée par cette poignée de capitalistes et conçue pour leur apporter des profits. La dictature des capitalistes sur la société nous coûte trop cher. Elle a assez duré.

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