mercredi 27 mars 2013

Intervention de André Moulin, élu Lutte Ouvrière, au conseil municipal du 25 mars 2013 à propos de l’extension du réseau de caméras de vidéosurveillance

Dans cette intervention, au nom de Marie-Françoise Khamed, Sauveur Cuadros et de moi-même, nous tenons à rappeler un certain nombre de choses :
1/ L’extension du réseau de caméras de vidéosurveillance n’a pas été inscrit dans le programme électorale de la liste "Bien vivre à Saint-Chamond" sur la base duquel nous avons été élus par les électeurs qui nous ont placés à la tête la municipalité.
2/ L’extension du réseau de caméras de vidéosurveillance n’a fait l’objet d’aucun débat de fond, ni en conseil municipal, ni lors de réunions avec les habitants. Il y aurait pu avoir un débat public avec des intervenants indépendants des lobbys de la sécurité. On a entendu ceux qui sont pour mais pas ceux qui sont contre. Aujourd’hui c’est la première fois qu’on en parle officiellement et non sur le fond puisque c’est seulement à travers une demande de subvention à l’Etat puisque l’attribution du marché n’est pas encore mise au vote.
3/ On ne dispose pas de preuves de l’efficacité de la vidéosurveillance pour prévenir la délinquance dans les espaces publics. De manière étonnante, au regard des sommes investies dans cette technologie, aucune étude globale et évaluative sérieuse n’a pour l’instant été conduite en France. Cela a été fait dans d’autres pays mais seulement dans certaines villes en France. La vidéosurveillance n’a qu’un faible impact dans les espaces ouverts et complexes comme les rues, les places. Les caméras ne dissuadent pas les délinquants de passer à l’acte dans la mesure où le risque de se faire identifier et plus encore interpellé est jugé faible et où les possibilités de fuite sont nombreuses. L’efficacité dissuasive de la vidéosurveillance est très variable pour certains types de délits. Il n’y a aucun impact sur la prévention de violences sur les personnes : agressions sexuelles, bagarres, rixes, coups et blessures.
Localement, l’évaluation sur les caméras installées à Izieux Le creux n’a pas été faite.
4/ En ce qui concerne les incivilités : attroupement bruyants, dépôts de déchets, déjections canines… dans toutes villes ou villages on assiste au même phénomène : les problèmes se déplacent. Les voisins à leur tour demandent des caméras vers chez eux car comme ils disent "nous aussi on paie des impôts". Il faut donc installer de nouvelles caméras, changer le type de caméras et passer d’un système passif à une présence 7 jours sur 7, 24 h sur 24 avec des opérateurs devant les écrans. Et la note devient salée pour les contribuables au fil des années. Tout cela est encouragé et réclamé haut et fort par ceux qui font, par calcul électoral ou commercial, du sentiment d’insécurité leur fond de commerce. On trouve toujours plus sécuritaire que soi ! Saint-Chamond n’échappera pas à cette règle de la surenchère. Les deux groupes de droite en concurrence entre eux, et peut-être demain lors des élections municipales, en concurrence avec une liste du Front National pratiqueront la surenchère électorale.
5/ Les collectivités locales sont incitées à transférer leurs images aux services de police nationale ou de gendarmerie pour leur permettre d’intervenir immédiatement, pense-t-on du côté des habitants… C’est à tort. Il est clair qu’en l’état actuel, les forces de sécurité de l’Etat n’ont pas les moyens d’intervenir avec réactivité dans le champ de la tranquillité publique, notamment ce qui concerne les incivilités, suite à la baisse constante des effectifs.
Je rappelle que 23 postes de policiers ont été supprimés sur la circonscription du Gier suite aux coupes budgétaires toutes votées par le député Rochebloine. Ce qui ne le gêne pas tout de même pour crier au laxisme et se présenter comme le meilleur défenseur des citoyens.
On peut craindre que cette situation ne conduise à une forte désillusion de la population qui aura placé beaucoup d’attentes dans cette technologie. Si la population voit qu’une infraction commise sous l’œil des caméras n’a donné lieu à aucune réaction institutionnelle, que les désordres ordinaires, les incivilités persistent, le désenchantement sera d’autant plus grand.
6/ pour élever le débat, je rappelle les déclarations de La Ligue des Droits de l’Homme :
"la vidéosurveillance va à l’encontre de plusieurs libertés fondamentales et droits des citoyens pour différentes raisons :
- Liberté de la vie privée : filmer un individu à son insu constitue une entrave à sa vie privée même si la loi oblige aujourd’hui tout organisme souhaitant installer des caméras à prévenir les passants qu’ils sont filmés. Ce qui est loin d’être respecté !
- Droit à l’image : l’image d’une personne étant une donnée personnelle il n’est pas normal que d’autres que lui puissent utiliser cette image quelle que soit la finalité de cette utilisation.
- Restriction de la liberté de circulation : les caméras délimitent des zones dans lesquelles certains citoyens pourraient se sentir espionnés, restreignant ainsi leur liberté de déplacement.
 - Restriction de la liberté de manifestation, de la liberté d’opinion, des libertés syndicales et politiques : comme pour la liberté de circulation la présence de caméras dissuade les citoyens de s’exprimer et contribue à leur fichage."
 7/ Dans cette délibération, il est question d’une demande de subvention de l’Etat pour aider au financement. La subvention est loin d’être acquise car Lamy, le ministre de la ville, a annoncé que le budget pour les caméras passe de 30 millions d’euros à 10 millions. Ce n’est donc pas si prioritaire pour l’état qui se décharge, là-aussi, sur les collectivités locales pour financer ces équipements. Je rappelle que Saint-Chamond, d’après les chiffres officiels, avec une baisse de 9,65% de la délinquance sur la ville et notamment une baisse de 18,48 % des atteintes aux personnes n’est pas une zone prioritaire. Donc il y a de forte chance que le coût de l’extension du réseau de caméras de vidéosurveillance soit intégralement payé par les contribuables de notre ville.
Je ne voterais pas, ainsi que Marie-Françoise Khamed et Sauveur Cuadros, le marché de l’extension du réseau de caméras de vidéosurveillance quand il sera présenté à un prochain conseil municipal et donc en conséquences, et en toute logique, on ne participe donc pas au vote de cette délibération de cette demande de subvention à l’Etat que nous trouvons du coup sans objet.

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