samedi 28 janvier 2012

Intervention d'André Moulin, au nom des élus du groupe Lutte Ouvrière, à propos de la dénomination ''17 octobre 1961'' donnée à une rue

En cet automne 1961, la guerre d'indépendance durait depuis sept ans. Depuis que, le 1er novembre 1954, les nationalistes algériens avaient déclenché la lutte armée contre le colonialisme français.
La guerre avait déjà fait des centaines de milliers de victimes du côté algérien. Côté français, trois millions de militaires allaient passer en Algérie, dont 30 000 y laissèrent leur peau, la plupart appelés qui n’avaient pas demandé à aller combattre en Algérie.

Mais, en octobre 1961, les deux camps savaient que l'indépendance de l'Algérie n'était plus qu'une question de mois. Des négociations officielles étaient ouvertes entre le gouvernement français et le Gouvernement provisoire de la république algérienne (GPRA).
La guerre coloniale et ses atrocités n'en continuaient pas moins. Le gouvernement français voulait être en position de force, pour sauvegarder les intérêts de ses capitalistes dans la future Algérie indépendante. Le FLN, de son côté, devait démontrer sa capacité à mobiliser les Algériens, y compris en France. Et c'était un des buts de la manifestation du 17 octobre contre le couvre feu. La guerre fit donc irruption à Paris, avec la répression barbare de la police de Papon.
150 000 travailleurs algériens vivaient alors à Paris et en banlieue, majoritairement des hommes dont la famille était en Algérie. Ils vivaient dans des bidonvilles, comme à Nanterre, ou dans des hôtels minables, à plusieurs par chambre, souvent très coupés de la population et des travailleurs français.
La répression policière fut terrible et brutale : plus de 200 morts, plus de 2000 blessés, des milliers d’arrestations et des manifestants internés dans des camps provisoires.
Depuis des années, la répression, les tracasseries multiples, le couvre feu imposé de fait étaient le lot des travailleurs algériens partout où ils se trouvaient. Les travailleurs immigrés des villes de province n’étaient pas épargnées.
A Saint-Chamond, c’étaient les descentes de la police pour contrôler les travailleurs immigrés et chercher les militants du FLN ou prétendus tels, dans les cafés arabes, les garnis, et les cantonnements où se trouvaient ceux qui travaillaient, notamment, à CAFL, chez Chavanne, dans les fonderies, dans les teintureries, à la Soie d’Izieux, dans les entreprises de maçonnerie et les travaux publics.
La dénomination ''17 octobre 1961'' donnée à cette rue est là pour rappeler symboliquement un épisode tragique de cette sale guerre coloniale qui se déroulait en Algérie mais aussi en métropole.
Donner un tel nom à une rue est d’autant plus justifié que nous vivons sous le même régime qu’en 1961 : une classe dirigeante qui écrase dans ses frontières sa population laborieuse à coup de plans d’austérité, comme sous De Gaulle, et qui, hors des frontières, apporte son soutien aux mêmes expéditions dirigées contre les peuples. L’exemple le plus récent et le plus marquant est l’intervention de troupes françaises en Afghanistan, aux côtés de celles d’autres pays impérialistes.
Et en Afrique, l’impérialisme français continue d’intervenir, y compris militairement, faisant ou défaisant les gouvernements au gré de ses intérêts.

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire